« La concentration d’un maximum de démarches administratives sur une seule application est capitale. »

Antoine Hayek, cofondateur de ProcSim

La société ProcSim a élaboré divers modèles pour fluidifier les vaccinations à grande échelle.

Dès le mois de mai, la campagne de vaccination devrait passer la vitesse supérieure. Mais l’administration de doubles doses (ou une seule, si l’on parle du vaccin de Johnson & Johnson) à la population non vulnérable ne s’improvise pas. Sur quelque 3 millions de personnes, environ 68% ont l’intention de se faire vacciner, selon un sondage effectué il y a deux semaines par le projet Covid-Norms de l’Université de Zurich. Éviter les goulets d’étranglement et les engorgements sera primordial. «Car, d’autant plus que cette vaccination se fait sur une base volontaire, il faut absolument que ce processus soit le plus efficace et convivial possible», souligne Antoine Hayek, cofondateur de la société ProcSim, basée à l’EPFL.

Des modèles numériques

En partenariat avec walkerproject, active en Suisse alémanique, ProcSim modélise en amont les espaces qui accueilleront ces grands centres de vaccination. Forte de son expérience dans le domaine de l’optimisation des chaînes de production, elle a mis au point un système basé sur le principe du «jumeau digital». «Nous entrons tous les paramètres utiles, de la dimension du lieu et de ses abords, des voies d’accès externes, du nombre de portes, du mobilier et des boxes de vaccination prévus, de même que le nombre de personnes censées y être vaccinées en un temps donné, et la modélisation nous permet d’identifier les points potentiellement problématiques», précise Antoine Hayek.

Le système a déjà été mis à contribution dans une clinique de Gland (VD), mais il est actuellement sollicité à plus grande échelle. Les deux sociétés ont pour l’heure proposé leur soutien aux médecins cantonaux du pays, et la Protection civile chargée d’aménager le Palais de Beaulieu de Lausanne a fait appel aux services de ProcSim. L’objectif est d’y vacciner 2000 personnes par jour, un volume qui nécessitera un recours accru aux moyens digitaux. «Ceux-ci ne sont souvent pas assez utilisés, poursuit-il. Mais, comme on le voit en Israël ou dans certaines régions des États-Unis, la concentration d’un maximum de démarches administratives sur une seule application est capitale, ce qui permet aux patients d’avoir un rôle actif.»

Dans l’idéal, une seule application devrait regrouper les formalités, du processus d’enregistrement à la délivrance du carnet de vaccination. Mais d’autres solutions peuvent compléter ce dispositif, à l’image des bornes d’enregistrement pour le check-in et le check-out. «Il y a actuellement un nombre conséquent de bornes automatiques inutilisées dans tous les aéroports du pays. Utiliser les systèmes qui permettent aux aéroports de gérer les flux de passagers permettrait de vacciner beaucoup plus de personnes par unité de temps et de limiter le personnel administratif.» L’espace physique doit être bien pensé également. L’emplacement des boxes de vaccination, celui de l’accueil, le trajet vers la sortie: tout doit être le plus unidirectionnel possible. Dans certains cas, un simple croisement de flux de personnes suffit à créer des bouchons. «Ceci est parfaitement simulé sur notre système, et surtout avec des scénarios d’amélioration», indique Antoine Hayek.

Ivan Radja